Depuis quelques années,  le concept du vrai et du faux m’apparaît tout sauf clair. C’est flou, ça manque de balises définies. Ou est-ce que c’est seulement la vérité des adultes qui fait défaut? Se faire traiter de menteur, quand on est tout petit, c’est la honte, l’insulte suprême. En vieillissant, disons que le mensonge, on apprend à vivre avec, on l’invite à souper, on lui fait une place dans notre lit.

La vérité d’adulte, elle, elle a le dos large. On l’appelle politesse, civilité, bonnes manières. On se dit ouvert à la différence, yet, on finit tous par se ressembler. On se dit qu’il faut absolument aller prendre un verre bientôt bientôt pour rattraper le temps perdu, or, on laisse le temps se perdre indéfiniment. On raconte à qui veut bien l’entendre qu’on n’en peut plus du 8 à 5, de notre maudit boss, de notre quotidien ennuyant, still, on y retourne le lendemain matin, et le suivant. On lui assure qu’on a passé une belle soirée, qu’on devrait refaire ça, mais on ne répond plus jamais à ses textos. On lui promet qu’on sera toujours là pour elle, que ça va bien aller, pis on prie fort pour que ce soit vrai, cette fois-là.

On flash notre plus beau sourire à la IPhone camera, on publie sur Facebook qu’on a eu ‘the time of our life’, même si au fond, on n’y croit pas. Same thing pour ton déjeuner Feng shui dont les couleurs s’agencent avec le vernis de tes ongles sur Instagram – on n’y croit pas. Personne, rien n’a l’air de ça au déjeuner.

La vérité, c’est qu’on n’est ‘pas game’ de la dire, de l’entendre, la vérité. Pas game de l’assumer, de la regarder en face. Pas game d’arrêter de se mentir.

La vérité, c’est aussi la vulnérabilité. Et ça, ça fait vraiment peur.

Évidemment, ‘On’, ici, n’exclut pas la personne qui parle. Grosse prise de conscience hein? Est-ce que vérité rime nécessairement avec imperfections, le faux, le ‘fake’, étant synonyme du contraire? Oui et non, ça dépend. Moi je trouve ça beau, la vulnérabilité. C’est l’éclat de rire qu’on n’a pas pu retenir, les yeux vitreux des adieux, les mains moites de la première rencontre, l’angoisse de la deuxième, les joues roses des confidences, le rouge à lèvre désaligné des matins pressés, la vaisselle sale des soupers entre amis, le ‘walk of shame’ des nuits torrides.

Ça devrait être ça qu’on appelle – l’art de vivre.